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Avant l'existence de l'Implantologie dentaire, un édenté
total n'avait pas d'autre solution que les prothèses amovibles,
les grands édentés aussi, majoritairement.
Les patients peu édentés mais ne disposant
pas de dents naturelles suffisamment résistantes sur l'arcade
étaient dirigés également vers ces systèmes
considérés alors comme une étape avant d'en
venir à l'édentation complète à court
ou moyen terme. C'était une façon de limiter les dégâts.
Ces prothèses amovibles occupent un volume plus important
que les dents, parfois même beaucoup plus important.
Elles donnent aux patients le sentiment d'un objet rapporté
et mal intégré. Leur dépose plusieurs
fois par jour, nécessaire pour leur entretien, est un rappel
permanent de leur infirmité. Même lorsque ces prothèses
sont bien tolérées, il existe un effet synergique
dans la psychologie de l'individu qui fait qu'une autre dégradation,
capillaire par exemple, va devenir exagérément insupportable.
Certaines de ces prothèses sont munies d'un faux palais pour
des raisons de maintien. Ceci a pour conséquence une altération
du goût, doublée d'un éventuel problème
de phonation, et une perte du sens du contact. Le toucher buccal
permet de mieux percevoir la consistance des aliments et leur palpation
renseigne sur leur forme. Ces éléments font partie
de la gustation, et leur absence est un handicap qui replace la
gastronomie dans les souvenirs lointains.
Ces prothèses peuvent aussi être mal supportées
pour des raisons de douleurs permanentes ou occasionnelles.
Elles sont parfois peu rétentives, elles ont de fâcheuses
tendances à s'échapper.
Leur liberté est insupportable. Elles gardent un côté
anti-naturel, on n'a d'ailleurs jamais pu faire supporter un appareil
amovible à un animal accidentellement édenté.
L'efficacité des prothèses amovibles
dans l'acte masticateur est toujours plus ou moins perturbée.
Le régime alimentaire s'en ressent, inévitablement.
En France c'est 50% de la gastronomie qui se trouve de ce fait rejetée.
Ce problème n'existe pas dans tous les pays, mais les Français
doivent être traités avec des soins particuliers, en
fonction de leur attachement pour leurs petits plats préférés.
Il arrive cependant que ces appareillages soient parfaitement tolérés.
Je dirai que dans ces cas là, ils sont bienvenus, et les
patients satisfaits n'ont alors aucune raison de rechercher une
solution différente. Un autre système peut s'avérer
moins efficace et même perturbant. Il ne faut jamais proposer
un travail prothétique implanto-porté à un
patient satisfait de ce qu'il porte en bouche.
Face aux appareillages amovibles, les implants
apportent deux types de service.
- Celui qui est le plus souvent demandé, généralement
par l'intermédiaire du confrère qui a tout essayé
pour faire tenir la prothèse de son patient, est de créer
un système implanté sur lequel la prothèse
amovible existante, en question, va pouvoir venir se fixer
par clipage. Ces systèmes peuvent être très
discrets et assurer seulement le maintien efficace de l'ensemble.
Il peut aussi être plus conséquent et supporter une
part des forces masticatrices. Par la même, ils soulagent
les tissus gingivaux et suppriment les douleurs ou les blessures.
- Le deuxième type de service est d'ajouter sur les arcades
dentaires les implants qui vont permettre la réalisation
de prothèse fixes.
Avant l'existence de l'Implantologie dentaire, une édentation
d'une ou de quelques dents pouvait être restaurée par
l'adjonction d'une prothèse fixe. Cette solution reste une
excellente solution encore aujourd'hui, lorsqu'elle est fonctionnellement
et psychologiquement bien supportée.
La prothèse fixe permet des reconstitutions, à la
fois esthétiques et confortables. Elle n'occasionne des douleurs
que lorsque les dents naturelles utilisées s'affaiblissent
ou s'infiltrent. Ces défauts sont rares et généralement
parfaitement réversibles lorsqu'ils sont traités à
temps. Ils restent néanmoins un signe de précarité
à moyen ou long terme.
En fait l'Implantologie dentaire est très étroitement
liée à la discipline de la "Prothèse Fixée".
Les implants dentaires sont
apparus précisément, pour permettre la réalisation
des prothèses fixes dans les cas où seules les prothèses
amovibles étaient envisageables.
Les implants dentaires permettent aussi d'économiser l'utilisation
des dents naturelles pour maintenir les prothèses fixes.
Prenons l'exemple d'un patient qui présente l'absence d'une
incisive centrale supérieure. En plein centre du sourire,
ce manque est du plus mauvais effet.
Le remplacement de cette dent peut se faire avec une prothèse
amovible. Dans ce cas, une dent artificielle sera à la place
de la dent manquante, elle sera assise sur une plaque résineuse
ou métallique, parfois les deux à la fois. Cette plaque
recouvre partiellement le palais et supporte des crochets ou des
éléments d'ancrage sur les dents existantes. Cet appareil
occupe un volume disproportionné par rapport à la
dent manquante. Il a tous les défauts, déjà
décrits, pour ce type de prothèse.
Le patient peut aussi avoir recours à une prothèse
fixe. Classiquement, il convient alors de tailler les deux incisives
proximales par rapport à la manquante. C'est une taille en
forme de cône qui nécessite dans certains cas la dévitalisation
de ces dents. Un ensemble de trois dents sera ainsi créé
prothétiquement et restituera un aspect et une fonction quasi
identique à ce qui existait avant la perte accidentelle.
L'ensemble prothétique est scellé et se fait généralement
oublier du patient et de son entourage.
Ceci est parfait lorsque les dents naturelles restantes sont de
bonne qualité et que le travail supplémentaire qu'elles
vont devoir effectuer ne risque pas de les fragiliser et de réduire
leur durée de vie sur l'arcade. Celles-ci peuvent parfois
être dans un état précaire, ou présenter
une mobilité, qui n est pas inquiétante pour elles-mêmes,
mais qui proscrit leur utilisation pour un travail accru. Il faut
alors envisager d'utiliser non pas deux piliers naturels mais trois
ou même davantage pour obtenir le résultat convenable
souhaité. On perçoit alors le déséquilibre
qu'il y a entre le travail entrepris et la cause initiale.
Le sourire initial laissait peut-être entrevoir des espaces
inter-dentaires qui personnalisaient le sourire sans être
disgracieux. La réalisation d'un bloc de trois dents risque
de le modifier assez dysharmonieusement et ne pas satisfaire le
patient.
Dans un tel cas, un implant peut être inséré
à l'emplacement même de la dent manquante.
Une prothèse constituée d'une seule dent occupant
le même volume et ayant l'aspect de celle accidentellement
disparue, pourra être fixée sur cet implant après
quelque mois de cicatrisation.
La reconstitution finale sera attrayante, et fonctionnelle, elle
préservera les dents collatérales et sauvegardera
les espaces interdentaires éventuels, Nous ne sortons pas
de la prothèse fixée, mais l'implant apporte un "plus"
évident.
Dans un tel cas, l'implantation n'est pas forcement la meilleure
solution, elle a aussi ses faiblesses et la crête résiduelle
peut très bien être incapable de la supporter.
Seul un clinicien averti peut prendre la décision.
Pour notre part dans une telle situation, nous envisagerions,
certainement, la solution de placer un implant au niveau de la dent
manquante même si la crête résiduelle est un
peu faible, et nous ne manquerions pas de la renforcer par l'adjonction
d'un matériau ostéogénique, c'est à
dire un matériau capable de régénérer
la masse osseuse disparue. Nous utiliserions néanmoins
un pilier naturel, mais un seul: l'incisive centrale symétrique
de la manquante. Nous ferions en sorte de pouvoir tailler cette
dent sans la dévitaliser. La prothèse finale serait,
en conséquence, constituée de deux dents supportées,
par un implant et une dent naturelle. L'esthétique dans ce
cas est toujours facile à satisfaire puisque l'ensemble est
symétrique. Il ne faut pas omettre l'avantage de la proprioception
ainsi restituée sur la dent remplacée, c'est-à-dire
la possibilité pour la dent implanto-portée de ressentir
les efforts qu'elle déploie grâce aux fibres sensitives
contenues dans le ligament de la dent "pilier naturel".
Cette méthode mixte a l'avantage de limiter les dégradations
des dents naturelles et de s'harmoniser à la psychologie
d'un patient désireux de conserver son intégrité.
Pour les édentations supérieures à une dent,
l'implant limitera systématiquement le nombre des piliers
naturels utilisés. Les édentations importantes quant
à elles, nécessitent l'utilisation de tous les piliers
naturels existants, lesquels seraient insuffisants pour soutenir
efficacement une prothèse fixée, sans l'adjonction
de plusieurs implants.
On perçoit qu'il n'y a pas antagonisme entre prothèse
fixée et Implantologie dentaire. Les deux disciplines restent
intimement liées. L'une n'est pas au service de l'autre,
elles sont simplement complémentaires.
En conclusion, l'Implantologie dentaire
peut fournir une meilleure tenue des appareils amovibles.
Elle peut aussi permettre la suppression de l'appareil
amovible et ouvrir la porte à la réalisation d'une
prothèse fixée. Elle apporte un sensible renforcement
et une meilleure fiabilité des prothèses fixes classiques.

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